Tiré du DAILY COMMERCIAL NEWS AND CONSTRUCTION RECORD
6 janvier, 2009
IAN HARVEY correspondant
Brett
Lloyd souhaite devenir électricien. Il craint toutefois devoir quitter l’Ontario
afin de poursuivre sa carrière car il est fort possible qu’il ne puisse être
embauché à titre d’apprenti électricien.
«J’ai obtenu un diplôme en communications de l’Université Laurier, mais c’est
une carrière comme électricien qui m’intéresse,» mentionne-t-il. « Pourtant les
ratios compagnons/apprentis en Ontario n’ont aucun sens. »
Dans le même ordre d’idées, le propriétaire de Decc Electrical, John Greco,
aimerait bien embaucher plus d’apprentis comme Lloyd, mais il doit se conformer
aux mêmes restrictions : En Ontario, le ratio compagnons/apprentis limite
l’embauche à un apprenti pour trois compagnons d’apprentissage.
« Nous songeons à prendre de l’expansion à Calgary où nous avons cinq employés
qui travaillent sur un projet et à diminuer nos affaires ici, » mentionne Greco.
« Là-bas, les ratios compagnons/apprentis sont de un pour un, il est donc plus
facile pour une entreprise de prendre de l’expansion. Par exemple, une
entreprise peut compter 10 travailleurs dont cinq sont électriciens. Ici, c’est
impossible et il est difficile d’embaucher des compagnons d’apprentissage car
ils partent à la retraite plus rapidement qu’il n’en faut pour former leurs
remplaçants.»
Wayne Brunton de B T Electric Contracting dans l’Ouest de l’Ontario est aux
prises avec les mêmes enjeux, et mentionne qu’il reçoit beaucoup d’appels de
jeunes gens qu’il ne peut embaucher en raison des ratios.
« Deux apprentis font maintenant partie de l’équipe et je devrais embaucher plus
d’électriciens, mais je n’ai pas le volume d’affaires pour justifier cela, »
mentionne-t-il, ajoutant qu’il pourrait signer plus de contrats et prendre de
l’expansion s’il avait le droit de faire appel à plus d’apprentis pour
travailler avec ses employés qualifiés.
Brunton croit que le gouvernement est davantage à l’écoute, mais que ça prendra
du temps avant que les choses changent.
« Ils injectent de l’argent dans les programmes d’apprentissage, ce qui est une
bonne chose, mais les jeunes sont incapables de se trouver du travail en raison
des ratios; c’est le monde à l’envers, » avoue Brunton.
Mary Ingram-Haigh, présidente de la Ontario Electrical League, une association
pour les entrepreneurs non syndiqués, s’est jointe plus tôt cette année à la
Fédération canadienne de l’entreprise indépendante afin d’inciter Queen’s Park à
effectuer des changements au niveau des ratios.
La députée provinciale Laurie Scott (PC- Victoria-Haliburton-Brock) a tenté
d’introduire une motion pour modifier les ratios, en citant un sondage du Daily
Commercial News effectué le printemps dernier qui indiquait que 94% des
répondants souhaitaient des ajustements.
À ce jour, il n’y a eu aucun changement, mais la campagne bat son plein, et,
mentionne-t-elle, obtient l’appui de plusieurs partisans, incluant les députés
libéraux.
« Le ratio un pour un est une norme partout ailleurs, sauf en Ontario, »
mentionne-t-elle, ajoutant que les discussions avec les syndicats en ce qui a
trait à un compromis se sont avérées infructueuses.
Le président du Toronto and York District Labour Council, John Cartwright
mentionne qu’il n’y a aucun espoir d’obtenir l’appui des syndicats en ce qui a
trait à l’ajustement à la baisse des ratios.
« Au sein du Carpenters union, le ratio est de cinq pour un, et ce ratio varie
selon le métier, » admet-il. « Il s’agit avant tout d’une question de sécurité.
Nous avons observé dans les régions comme dans l’Ouest et le sud des É.U., où
ils ont assoupli les règles, que le nombre d’accidents était en hausse. Et on ne
veut surtout pas voir un afflux soudain d’apprentis au sein de métiers où le
nombre d’emplois est insuffisant. »
Comme Lloyd, Ryan Richardson, 29 ans, participe à un programme de formation
préapprentissage au Pre-Apprenticeship Training Institute à North York et est
préoccupé par ses perspectives d’avenir.
« J’ai été mis à pied d’un poste de gestion de projet et suis admissible à un
programme de formation dans le cadre du programme Deuxième carrière du
gouvernement de l’Ontario, pour lequel je suis rémunéré ici, » mentionne-t-il. «
Mais lorsque j’aurai complété le programme, je ne sais pas si je serai en mesure
d’obtenir une formation d’apprenti. Je me suis rendu à la FIOE, mais ils m’ont
indiqué que les inscriptions auraient lieu dans quelques mois seulement et que
même alors, je pourrais attendre encore plusieurs années. »
Il s’agit d’une histoire que Rick Krygsman entend souvent à titre de vice-président
de Pro Electric à London, ON.
« Nous recevons des demandes d’emploi chaque semaine; ces jeunes veulent
travailler, » mentionne-t-il. « Mais nous ne pouvons les embaucher puisque mes
programmes de formation d’apprenti sont complets. Selon moi, je crois qu’il est
injuste que le gouvernement injecte autant d’argent dans des programmes et
empêche les entreprises d’embaucher des apprentis. Qu’adviendra-t-il lorsque ces
travailleurs expérimentés plus âgés partiront à la retraite? Il nous faut plus
d’apprentis dès maintenant afin qu’ils puissent travailler et acquérir des
connaissances auprès de ces travailleurs expérimentés, sans quoi nous allons
tous les perdre. Le pire est qu’ils songent à se rendre en Europe afin de
ramener des travailleurs qualifiés alors que nous avons des travailleurs ici qui
souhaitent travailler. »
Greco est d’accord que le différent se situe au niveau des syndiqués et des non
syndiqués, alors que les principaux syndicats internationaux contrôlent la
croissance et protègent les emplois de leurs membres en limitant le nombre
d’apprentis pouvant être embauchés, et en sachant que les salaires moins élevés
attirent certaines entreprises qui tentent de minimiser leurs dépenses.
Toutefois, Joe Fashion, chef d’entreprise de la Fraternité internationale des
ouvriers en électricité, Section 353, qui représente 8 000 membres embauchés par
400 entrepreneurs, mentionne qu’il existe déjà un ratio de un pour un pour les
petits ateliers.
« Il est inscrit dans la loi, que pour chaque compagnon d’apprentissage, un
petit entrepreneur peut avoir un apprenti, en commençant par le un pour un pour
les entrepreneurs avec moins de deux employés, ensuite trois compagnons
d’apprentissage pour deux, trois pour cinq et jusqu’à huit compagnons
d’apprentissage pour quatre apprentis, » mentionne-t-il.
Citant un rapport du Conseil sectoriel de la construction, Construire l’avenir,
Évaluation du marché du travail de la construction de 2008 à 2016, Fashion
mentionne qu’il y avait 23 415 électriciens et apprentis dans le secteur de la
construction/maintenance en 2007 en Ontario. Il semble que la demande sera
continue au cours des prochaines années — ce qui porte certains à penser que
nous pourrions être aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre qualifiée — il
avoue que le rapport indique qu’un ralentissement frappera le secteur de la
construction.
Le CSC fait également référence à l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les
heures de travail de Statistiques Canada, indiquant que 79% des entrepreneurs
spécialisés (incluant les entrepreneurs en travaux d’électricité) comptent neuf
employés ou moins, et 63% comptent quatre employés ou moins ce qui,
souligne-t-il, représente la majorité des entrepreneurs en Ontario.
« Un trop grand nombre d’apprentis envahissant la population active pourraient
‘nuire’ aux électriciens plus âgés qui seraient mis de côté par des
entrepreneurs attirés par des salaires moins élevés, » mentionne-t-il.
Le gouvernement, par le fait même, exerce plus de pression en injectant des
fonds dans les programmes de formation en apprentissage, ajoute-t-il, ce qui
n’est pas nécessairement mauvais, mais le tout doit être exécuté de façon
appropriée. Il ajoute que la question la plus importante est d’identifier les
raisons afin de savoir pourquoi un tiers des apprentis ne termine pas sa
formation.
Finalement, mentionne Fashion, la moyenne d’âge d’un électricien ontarien est de
40 ans, ce qui remet en question les allégations que les électriciens «
baby-boomers » expérimentés quittent pour la retraite à un taux alarmant ce qui
pourrait entraîner un déficit de connaissances.
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